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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 10:47

Avant toute chose, définissons ici ensemble ce que j'entends par "licensing lowcost" : c'est le principe consistant à créer un système commerciale de vente de licences libres (Creative Commons CC+) à des prix nettement plus bas que les systèmes classiques affiliés aux Sociétés de Gestion de droits d'auteurs. Jamendo est le leader de cette démarche entrepreneuriale.

Jamendo justement ne cesse de venter son modèle économique, le positionnant comme une alternative sûre et évidente sur le marché de la musique. Ainsi le système Jamendo-PRO existe depuis 2009 et affirme proposer des centaines de milliers de titres pour des dizaines de milliers de clients à travers le monde. Est-ce à dire que c'est rentable ? Sur ce point c'est difficile à dire car Jamendo ne communique aucune données vérifiables sur le sujet. Par contre, on peut néanmoins analyser la pertinence du système Jamendo-PRO (licensing lowcost) et sa pérennité sur le long terme.


 

>Pourquoi certains clients cèdent-ils aux syrènes du licensing lowcost ?

http://paschervol.com/wp-content/uploads/2011/02/LOWCOST-hucha-cristal1.jpgEt bien pour deux raisons essentielles : les auteurs et les prix. Il ne faudrait d'ailleurs pas réduire l'intérêt des clients du licensing lowcost à une simple question de tarifs réduits. En effet, pouvez-vous imaginer un directeur de supermarché ne pas prendre le temps de s'intéresser à la musique qui sera diffuser dans son magasin ? Surtout quand on sait que celle-ci est étudiée en fonction des heures de la journée et des habitudes des clients. Ainsi le fait de pouvoir se "reposer" sur des auteurs, compositeurs, interprètes, musiciens, etc. est important dans la prise de décision lorsqu'un patron se tourne vers ce mode de distribution bon marché de musique d'ambiance. Jamendo a d'ailleurs bien compris cela, proposant désormais des sélections "clé en main" de pop, rock, blues, musiques relaxantes, et ainsi de suite...

On a également vu des groupes industrielles utiliser ce modèle économique pour leurs campagnes de publicité (essentiellement sur internet). Là, plus que le prix, c'est la qualité de l'illustration sonore qui est primordiale, d'autant que les publicitaires recherchent plus des musiques à forte personnalité que de simplistes "musiques d'ascenseurs". Or les groupes diffusant sous licences libres leurs créations ne sont pas des auteurs au rabais, bien au contraire !


 

>Le licensing lowcost peut-il concurrencer la filière classique ?

http://frenchweb.fr/wp-content/uploads/2011/09/logo-universal-music.jpegPeu probable. Pourquoi? me direz-vous. Et bien tout simplement pour des raisons markéting et d'énormes intérêts financiers qui nous dépassent. Derrière ce qu'on peut appeler la "filière classique" il y a de grosses maisons de production musicale et de gros éditeurs, ce qu'on nomme parfois les "Majors". Les Majors et les Sociétés de gestion collective de droits d'auteurs sont intimement liées et constitue l'Industrie de la Musique. Si dans d'autres domaines, comme les transports aériens par exemple, le lowcost semble prendre le pas sur des modèles économiques plus traditionnels, il n'en va pas de même dans la Musique. Pour une raison simple : l'art. Car la musique reste avant tout un art, un art aux multiples facettes. Mais c'est aussi un outil markéting puissant. Les publicitaires l'ont compris depuis longtemps. Ainsi, lier un nom de groupe célèbre ou une chanson à la mode sur une marque et une clé du succès importante.

Et là on touche à un incroyable paradoxe : un groupe pourra être écouté et téléchargé sur internet en licence libre bien plus qu'un U2, mais ne pourra sûrement jamais négocier les tarifs du groupe pour qu'une de leurs chansons apparaisse dans un clip publicitaire télévisé. Pourquoi ? Essentiellement par frilosité des annonceurs qui préfèrent se rassurer auprès de valeurs sûres, car mondialement connues. Sans négliger également les fortes pressions et conflits d'intérêts des Majors. Ainsi il est illusoire ce croire au succès commerciale d'un titre vendu sous licence libre au travers d'un système lowcost comme Jamendo-PRO. Et pourtant... pourtant individuellement, sans intermédiaire, quelques groupes arrivent à diffuser librement et gratuitement leur album sur internet, tout en négociant l'utilisation de leurs compositions auprès de grandes marques (un exemple : le groupe Jade, qui était au tout début sur Jamendo, a décroché un contrat publicitaire télévisé avec une célèbre marque de cosmétiques de luxe). Mais dans une large majorité, aujourd'hui proposer un titre sous licence libre, même très bon et très diffuser sur internet, face à un titre passant sur toutes les radios commerciales du pays, le coeur et la raison du client ira vers le titre en copyright d'une Majors.


 

>Sur le long terme, le licensing lowcost peut-il perdurer ?

http://www.sounddeezer-distribution.com/common/skin/current/img/new/home-vitrinne.jpgOn peut là aussi très sérieusement en douter. Pour une raison tout simple : les diffuseurs de licences libres lowcost ne font aucun effort d'éducation. Constat facile à faire en observant par exemple la communication du leader Jamendo sur ce sujet. Bien bien rare sont ses clients qui comprennent la démarche éthique et les valeurs associées à la diffusion sous licence libre. Et bien entendu encore plus n'ont aucun idée de ce que sont réellement des licences libres. Les tarifs très bas pratiqués par des sociétés comme Jamendo n'arrangeant rien, donnant une connotation négative évidante à ces albums. C'est même pire chez Jamendo-PRO où les auteurs sont associés à de simples producteurs de contenus musicaux. Le site ne propose que des titres (pas d'albums), renforçant cette impression (un album long impliquant nécessairement une certaine démarche artistique, la conceptualisation d'une réflexion de l'artiste).

Ainsi, mettons nous à l'instant dans les chaussures de notre directeur de supermarché cité plus haut. Pour lui, ce qu'il a acheté est une production musicale standardisée, agréable certes, mais qui est réalisée par des compositeurs alimentant un vaste catalogue de musique en tout genre, avec des titres sans taxe Sacem (libre de droit. Ce qui est vrai mais souvent associé, à tort, comme étant sans droits de paternité et d'utilisation des auteurs sur leurs oeuvres). La musique qu'il diffuse est là pour "guider" les clients et les mettre dans les meilleurs conditions pour consommer. Mais la musique qu'il diffuse est aussi associée à l'image de son entreprise. Comment réagira-t-il aux réflexion de certains clients comme "Tiens, étrange cette musicque je ne connais absolument pas" ou "c'est un nouveau groupe ? jamais entendu à la radio". La crainte de destabiliser ses clients va alors naturellement ressurgir. La diffusion de musique sous licence libre sera alors vite ponctuée de titres Sacem.

Comme absolument rien n'est fait par les sociétés de ventes de licences CC+ pas chères pour aider leurs clients à comprendre ce qu'est réellement la Musique Libre, les auteurs présentés pas des Jamendo-PRO and Co. ne sont pas du tout considérés comme de "vrais" artistes par ces mêmes clients. Dans ces conditions, il est peu probable que le modèle du licensing lowcost puisse continuer pendant des années. D'autant que les Majors et leurs partenaires réagissent déjà. Prenons l'exemple de Deezer qui propose le système du SoundDeezer. Pour un modeste abonnement mensuel, on peut donc utiliser des playlists d'artistes bankables, éditées par des Majors, pour sonoriser son magasin ou même un lieu public, s'appuyant sur un catalogue de 18 milions de titres ! Comment le modèle d'un Jamendo-PRO pourrait-il tenir face à cela ? Le danger à sans doute était bien compris par Jamendo. En effet, la récente refonte du site le laisse penser, car celui-ci ressemble à si méprendre à ce que propose Deezer, et l'accent de la communication "grand public" a été recentré sur quelques groupes et artistes parmi les plus talentueux encore sur la plateforme (et utilisant le service Jamendo-PRO). Mais des efforts bien inutiles... Il est évident que le modèle dit du licensing lowcost basé sur des licences type CC+ n'a plus aucun avenir, le rouleau-compresseur des Majors et des sociétés affiliées à ce business étant en marche (d'autant que les idées semblent bien plus "novatrices" de leur côté).


 

>A-t-on finalement besoin du "licensing lowcost" ?

http://08.img.v4.skyrock.net/7080/65187080/pics/2620499356_small_1.pngA chacun d'en juger. Mais pour ma part, la réponse est clairement non. Bien entendu Musique Libre ou musique sous licence libre ne rime pas de manière exclusive avec gratuité totale. On comprendra bien que certains groupes et artistes qui ont fait le choix de vivre de leur passion ont besoin de trouver des sources de revenus. Mais en éliminant les intermédiaires (comme Jamendo-PRO), les groupes ont une large latitude devant eux pour négocier leurs propres contrats d'utilisations commerciales (souvent nettement plus avantageux financièrement et artistiquement).

Et c'est bien là toute l'erreur stratégique d'un Jamendo. Au lieu d'être un fer-de-lance de la culture libre, un diffuseur libriste, un acteur engagé auprès des artistes, Jamendo s'est contenté de devenir un simple hébergeur offrant des services gratuit à faible rendement. Pourtant, ils auraient pu, par exemple, proposer un vrai soutien juridique à leurs artistes, avec un large éventail de contrats types, des conseils, une promotion de leurs albums libres auprès de potentiel clients, mais sans jamais devenir l'intermédiaire. Dans une telle mesure, et associé à d'autres initiatives de ce genre, sans doute ces mêmes artistes auraient-ils acceptés une rétribution de 2 à 5% pour Jamendo sur les contrats négociés par eux-même. Voilà, par exemple, un modèle non-lowcost, plus proche des valeurs libristes, et surtout respectueux des auteurs et de la musique libre.

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Published by ChefGeorges - dans Le livre noir de Jamendo
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commentaires

Dj Fab 21/09/2012 16:42


Très bon article Chef ! Le problème c'est qu'aujourd'hui être artiste indé c'est être zikos, commercial, écrivain et community manager ! Faut pouvoir gérer tout ça et pour dégager un petit pécule
jamendo a bien aidé mais il est évident qu'il faut plus que ça, il faut un service de qualité et des prix revus à la hausse. Puis le meilleur moyen pour faire augmenter les prix des artistes
libres...C'est de les faire connaître, tout simplement. Ce que Jamendo n'a jamais voulu vraiment faire, à part sa maigre pub sur facebook.

ChefGeorges 19/10/2012 19:47



Merci :)


 



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