Les chroniques de ChefGeorges. Blog décalé sur la Culture Libre, les albums, les artistes, les fans, etc. et tout ce qui gravite autour de cette culture ; cinéma, BD, videoludique... Bref, tout ce qui me plait et vous plaira. Donc pour ma ligne éditorial, c'est simple : Je dis tout !... ou presque ;p
Pour commencer cette nouvelle semaine, j'ai décidé de faire un petit Edito. Sur un thème qui fait souvent débat sur des sites comme Jamendo, Dogmazic ou Boxson : est-on un vrai auteur/compositeur uniquement si on utilise un instrument de musique ?
Une question un peu provocante trouveront certains, la preuve que le sujet est une source de débats passionnés. L'utilisation de systèmes informatiques a toujours été stigmatisé, cloisonné à des stéréotypes tournant autour de la musique électronique. Pour beaucoup, utilisation d'ordinateur rime avec "boum,boum!" et jeu de construction de légos (référence à l'utilisation abusive de samples juxtaposés les uns à côtés des autres). A l'opposé, les instrumentistes comme on pourrait les nommer sont eux aussi souvent catalogués et emprisonnés dans des idées préconçus (par exemple, on dit qu'ils sont définitivement "classique", sans innovation). Mais qu'en est-il réellement ?
L'une des remarques qui revient le plus souvent dans l'opposition des deux pratiques est émotionnelle : la musique instrumental serait par nature chaleureuse là où la musique électronic serait froide. D'où vient cette conception du problème, et est-ce justifier ? Et bien cela vient de la nature des "outils" musicaux. On ne peut nier qu'un instrument est vivant ; qu'ils soient un bois, un cuivre, à cordes ou à touches, un instrument prendra vie entre les mains de son détenteur, mieux : l'instrument se façonnera avec le temps à son utilisateur. Ce qui fait qu'un grand musicien doit une partie de son talent à son instrument fétiche, celui qui le suit depuis des années. Permettez moi de vous parlez de ma petit expérience personnelle. Elle est intéressante car je suis saxophoniste. Je me souviens avec émotion du jour ou j'ai découvert mon superbe Selmer Alto tout doré. Avec le temps, et des progrès, le son est devenu de plus en plus mélodieux. Mais deux expériences confirment les propos plus haut. Mon père a plus tard souhaité aussi se mettre au sax, avec le mien. Mais le son n'a jamais été comparable, et même un néophyte était capable de l'entendre de suite. Autre expérience, un jour mon professeur m'a prêté un Yamaha. Et bien croyez-le ou non, mais j'ai été incapable d'en jouer correctement. Il voulait justement me démontrer que même les cuivres pouvaient se façonner à l'image de leur utilisateur. Bien entendu, cela créer une relation unique bien différente de l'approche que l'on peut avoir devant un ordinateur. Un PC (ou un Mac, comme ça on ne me lancera pas de tomates, lol) c'est juste un outil, interchangeable qui plus est. De l'extérieur, un ordinateur semble effectivement plus "froid", austère et distant qu'un instrument de musique traditionnel.
Mais cela affecte-t-il pour autant la musique produite ? Voilà sans doute le vrai débat. Comme c'est un édito c'est bien entendu mon avis que je vais partager avec vous, pas la vérité absolue. Je me trompe donc peut-être, mais il me semble que l'interprétation est la clé du problème. Avant tout chose, il serait bien aussi de parler de préjugés qui entravent la réflexion. Le premier d'entre eux est que l'utilisation de samples (courtes boucles sonores) est souvent très mal perçue par les instrumentistes. En effet, ils y voient un banal jeu de légos, ou on se contente d'acoller les uns à côtés des autres des samples, pris à d'autres au passage. Qu'en est-il réellement ? Oui, pour certains cas c'est ainsi que ça se passe. Mais ce n'est pas une généralité, car beaucoup créent leurs propres samples ou font un gros travail de transformation du modèle de départ. Mais même avec des samples pris dans un logiciel grand public, l'interprétation fera toute le différence (ainsi que le talent et la volonté de dépasser les limites de départ imposées par le logiciel). Je me souviens d'auteurs, qui sur le très banal Dance eJay 4, était capable de sortir des productions ahurissantes, où il était bien difficile de reconnaitre les samples de départ. A l'époque de fe-ejay.fr, on disait même sur les forums que des grands noms comme Moby, venaient incognito poster des compositions. Bref, l'utilisation de samples ne peut pas être un excuse valable, car l'interprétation est tout aussi possible qu'avec un instrument (bien que différente, certes). Mais la musique électronic est loin de se réduire au sampling, et de nombreux auteurs/compositeurs travaillent avec des claviers numériques. Ceux-ci deviennent de plus en plus performant, et permettent toutes les nuances.
Mais ce qui chagrinne les instrumentistes, c'est le côté "parfait" d'une composition électronic. En effet, avec un instrument on apprend à faire et à sublimer les petites imperfections d'une composition live. Cela rendrait les composition plus "humaines". Certes l'imperfection rend de fait les choses plus proche de l'humain, mais et les émotions ? N'est-ce pas aussi une particularité typiquement humaine ? Hors, la musique électronic est tout aussi capable de produire des émotions fortes et durables qu'une composition instrumentale. Et le sujet devient encore plus complexe quand on aborde ces artistes qui mélangent instrumental et électro. Comme les classer alors ? Demi-chaleureux ? Semi-froids ?... Pour affirmer que l'interprétation fait toute la différence, il est clair qu'on peut aussi jouer d'un instrument sans réussir à faire passer la moindre émotion. Parce qu'on aura été trop "scolaire" ou trop en retenu justement dans son interprétation de la partition.
Pour finir, un autre point perturbe aussi certains : en musique électronic on réutiliserait beaucoup, alors qu'en instrumental on créerait tout le temps. C'est presque caricatural rien qu'en disant, non ? Et effectivement ça l'ait un peu, car en analysant honnêtement les choses, personne n'invente plus rien, tout ou presque ayant déjà été fait pas nos aïeuls. Vous créez un riff de guitare, mais qui vous dit que vous êtes vraiment le premier à l'avoir joué ? On distingue facilement du Bach et du Mozart, car tout deux avaient des styles différents, basés sur des techniques et des gouts musicaux différents. Va-t-on le leur reprocher ? A Bach d'avoir fait du Bach et à Mozart d'avoir fait du Mozart ?
Au final, des constantes restent en musique : du talent, des efforts, du temps, et beaucoup de passion. Quelque soit la voie choisie, instrumental ou électronic, ou même entre les deux, peu importe. Ce qui compte c'est de produire des émotions pour nous même et pour ceux qui nous écoutent. Car une musique qui ne crée aucune émotion, n'est-ce pas simplement du bruit ?